Deux albums coups de coeur aux Éditions Des ronds dans l’O. Pour les petits ou les grands.

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La semaine dernière, arrivaient en librairie deux nouveautés aux Éditions Des ronds dans l’O qui m’ont énormément plu. S’il vous reste encore quelques sous à dépenser, je crois que ce sont là des choix judicieux.

Cette petite maison d’édition française, au nom si poétique,  a été fondée en 2004. Bien que Des ronds dans l’O publie principalement des bandes dessinées, on y retrouve aussi quelques romans et de plus en plus d’albums. Vous pouvez consulter sur leur site internet le catalogue complet. Vous trouverez aussi des liens utiles pour suivre leurs parutions. Personnellement, c’est avec un intérêt grandissant que je surveille les nouveautés de l’éditeur.

Mon premier coup de coeur va à La petite fille qui prenait racine, écrit par Caroline Van Linthout et illustré par Pole Ka. Si, à première vue, je n’ai pas été attirée par les illustrations, j’ai rapidement été conquise par l’album. C’est un album pour réfléchir, pour discuter, pour aller plus loin… exactement le genre d’album qui m’anime, qui me secoue, qui m’émoie. Le genre d’album qu’il faut présenter, le genre que j’aime défendre. Un album qui convient aux élèves plus âgés.

C’est l’histoire d’Aubépine Gaillarde, une petite fille qui prend racine (littéralement!) si elle demeure immobile trop longtemps. À sa naissance, ses parents sont inquiets, les médecins sont perplexes. Au sécateur, on lui coupe ses racines: Aubépine est un cas unique, elle doit sans cesse bouger pour éviter de s’enraciner.

Au début, Aubépine était fort fatiguée, mais avec le temps, elle finit par s’habituer à ce rythme de vie et bientôt tout le monde crut qu’elle était simplement «comme ça», qu’elle avait la bougeotte.

Mais chaque matin, ses parents devaient la délivrer, armés de leur sécateur. La petite fille en eut assez de dépendre de ses parents et décida de ne plus dormir, malheureusement, elle finit par s’effondrer de sommeil.

C’est à ce moment-là qu’Aubépine comprit qu’il ne servait à rien de lutter contre sa nature: elle était née avec des racines et mourrait probablement avec ces mêmes racines. Peut-être même à cause d’elles, mais elle préférait ne pas y penser.

Une nuit, elle fait un étrange rêve, où elle s’élève sur un champignon géant, si haut, qu’elle arrive dans un endroit où d’autres enfants semblables à  elle l’accueillent.  Le lendemain, elle part en forêt à la recherche de ce champignon qui lui offrira la liberté. Ses parents inquiets partent à sa recherche. Aubépine s’est endormie, un sourire aux lèvres, sur un tapis de champignons de toutes les couleurs.

Les critiques de l’album que j’ai lues sur le web nous parlent de la mort, de la maladie. C’est vrai, bien sûr. Moi, j’ai pensé à tous ces enfants différents, que l’on retrouve dans vos classes spécialisées ou non. Ces enfants qui ont un handicap, une différence, un secret, qui les obligent à adopter des comportements particuliers. Ces enfants qui se sentent souvent pris, «enraciner» dans la réalité.

Et si au départ, je n’avais pas aimé les illustrations (c’est bien personnel!), je me suis interrogée sur leurs significations, sur la force des détails, sur le sens de ces dessins un peu bizarre, sur le choix des couleurs… et puis j’ai trouvé encore plus de sens au texte. J’ai aussi aimé le choix de la typographie, comme si on avait accès à un journal manuscrit. Nécessairement, ce choix à un impact. Ici, les illustrations ne font pas que décrire le texte, elles en sont une partie intégrante; l’histoire ne serait pas la même sans elles. Sur le blogue La mare aux mots, l’auteure du billet nous parle de l’illustratrice, Pole Ka: «[…] on retrouve cet[sic] esthétique de contes à l’ancienne, un peu macabre, un côté Tim Burton qui n’aurait pas mal tourné.» Il serait intéressant de s’interroger avec les élèves sur le sens des illustrations, mais aussi sur cette esthétique très particulière et de l’impact que ce type d’illustrations a sur notre compréhension du texte. On peut aussi essayer de placer dans un contexte sociohistorique le récit grâce aux indices laissés dans les illustrations. On pourrait même discuter avec les élèves de l’évolution de la médecine, thème qui est abordé dans l’album.

J’ai aussi été touchée par la «maladie» d’Aubépine: le fait qu’elle s’enracine. Bien sûr, le premier sens du mot enraciner est en lien avec les plantes (le fait de prendre racine). C’est en ce sens qu’on nous présente visuellement la maladie de la fillette. Mais si on s’attarde aux autres sens du mot, on peut trouver d’autres sens à l’histoire. S’enraciner (selon le Petit Robert de la langue française) veut aussi dire Fixer profondément, solidement, dans l’esprit, le cœur ou Établir (qqn) de façon durable (dans un pays). Je vous laisse y voir ce que vous voulez! Les pistes d’exploitations sont nombreuses.

Un véritable coup de coeur… au-delà des apparences!

Le deuxième album qui a retenu mon attention est destiné aux plus jeunes (à partir de la maternelle). Le bateau de Malo, écrit par Ingrid Chabbert et illustré par Fabiana Attanasio,  raconte la très belle histoire d’un fils de pêcheur, qui, une fois rendu grand, s’embarque à son tour sur la mer. C’est aussi l’histoire des femmes de pêcheur, qui attendent ou non, le retour de leur amoureux. C’est l’histoire de la vie, avec ses espoirs, ses rêves, ses deuils, ses amours. Vraiment, une très belle histoire.

Les illustrations sont magnifiques. Si elles servent surtout à illustrer l’histoire (elles sont complémentaires et non essentielles), elles ajoutent à l’esprit de nostalgie que dégage le texte. Seul détail intrigant: la photo d’un marin est intégrée dans une illustration. Qui est-il?

J’aime le ton de poétique l’histoire et son vocabulaire assez recherché. J’aime les thèmes privilégiés: la mer, les rêves, la famille, le temps qui passe, les métiers et la place des femmes dans un métier non conventionnel. Avec les élèves, je profiterais de la lecture de cet album pour parler des métiers et surtout des métiers qui tendent à disparaître. On peut en profiter pour parler géographie, s’intéresser aux lacs ou aux fleuves ou simplement parler de loisirs (qui va à la pêche avec son papa ou sa maman?). Si vous avez envie de pousser un peu plus loin, vous pouvez vous intéresser à la ville de Saint-Malo, en France, qui est un important port de mer. Je n’ai aucune idée si le nom du personnage principal en est inspiré, mais moi ça m’a donné le goût de me renseigner! Visitez le site de Wikipédia pour plusieurs informations pertinentes. Je vous invite également à visiter le site de l’éditeur, où vous trouverez tout un dossier pédagogique clé en main pour le préscolaire et le premier cycle. Plusieurs activités vraiment très intéressantes! À consulter… et à télécharger gratuitement!

Pour terminer, voici un extrait de l’album qui m’a beaucoup plu:

«Pourquoi la Terre est ronde?», demandait Malo. «Pour que tu reviennes toujours dans mes bras» répondait sa maman en lui embrassant le front.

Le soir, quand il regardait par la fenêtre, la Lune semblait en grande conversation avec les vagues. La mer se dandinait, roulait et brillait. Le petit bateau bleu se balançait, comme s’il leur répondait.

Bonne lecture!

Emmanuelle

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4 commentaires à “Deux albums coups de coeur aux Éditions Des ronds dans l’O. Pour les petits ou les grands.”

  1. Le 21 juin 2012 à 12:45