Little Brother: un roman coup de coeur pour les élèves du secondaire. Par Guillaume Sabino.

CLASSÉ DANS : À partir du 2ème cycle | Secondaire



Cory Doctorow, auteur né à Toronto, a d’abord rendu le livre disponible gratuitement sur le Web sous la licence Creative Commons. Puis, est publié en anglais en 2009. Il est l’une des 25 personnes les plus influentes du web selon le magazine Forbes !

Marcus, 17 ans, vit avec ses parents. Il est un passionné d’informatique et de jeux de rôle, d’abord grandeur nature, puis ARG – alternate reality game. L’ARG est une chasse au trésor en grandeur nature sous la forme d’un jeu de piste, alors que les joueurs cherchent des indices, à la fois dans un lieu réel et sur le monde virtuel, créant une histoire interactive qui utilise les nouvelles technologies et qui met en scène une communauté d’utilisateurs/joueurs en ligne. Marcus est aussi un hacker de génie dont le nom de code est W1n5t0n, lire Winston (clin d’œil, un autre, à 1984 de Orwell, dont le personnage central est Winston Smith). En ado de son époque, Marcus utilise les nouvelles technologies à son avantage : IMParanoid lui sert pour la messagerie instantanée, il a pris le contrôle de son ordinateur, malgré les dispositifs de sécurité, il transforme une vieille Xbox, navigue sur le Xnet, trompe les caméras et les logiciels d’analyse de la démarche… Un pirate de son temps.

Avec ses amis Darryl, Van et Jolu, il joue à un ARG du nom de Harajuku Fun Madness, ce qui est tout de même beaucoup plus intéressant que les cours. Aussi, un jour, ils décident de faire l’école buissonnière, et partent en ville en quête d’indices pour leur jeu. L’après-midi tourne au cauchemar. Ils se trouvent sur le lieu d’un gigantesque attentat. Le pont Oakland Bay et le BART, le métro et le train de San Francisco, explosent. Ils sont capturés par des agents gouvernementaux de la DHS (Department of Homeland Security) et emprisonnés, illégalement. Après des interrogatoires musclés (menés par Coupe-en-brosse) et un traitement indigne de la condition humaine (Alcatraz – Guantanamo), Marcus est relâché en compagnie de ses amis, sauf un… Conditions de libération ? Ils doivent signer un document qui atteste qu’ils ont été retenus volontairement et interrogés de plein gré. Ils auront été derrière les barreaux pendant 5-6 jours… Libéré, Marcus décide alors de se venger et de sauver son meilleur ami en utilisant ses ressources informatiques, tout en essayant de ne pas se faire repérer, malgré la multiplication des contrôles et la surveillance accrue… C’est que les autorités du pays ont voté le Patriot Act II et que la ville est gérée par le DHS…

Little Brother est une fiction. Pourtant, la lecture terminée, le livre nous hante, nous trouble… Notre carte de transport laisse des traces, notre cellulaire aussi. Internet regorge d’informations personnelles sur nous, particulièrement dans les réseaux sociaux (l’occasion est belle de questionner vos élèves sur leur présence virtuelle), de nombreuses caméras peuvent témoigner de nos déplacements, y compris à Montréal ! «Peut-on tout se permettre au nom de la sécurité? Les mesures prises sont-elles vraiment efficaces?»… Les questions posées sont pertinentes, il faut s’interroger, y réfléchir et y répondre.

Roman jeunesse ? Roman pour garçon ? Roman pour nerds, pour geeks ? Roman pour tous… Vrai, Marcus est un ado, avec des préoccupations d’ado (et des hormones), mais la quête qu’il entreprend est sans âge, une quête de justice, de liberté(s), la défense de droits fondamentaux. Marcus est attachant, astucieux. Les personnages secondaires, parfois stéréotypés, sont tout aussi déterminés. Le tableau dressé n’est pas particulièrement tendre. Le lecteur se retrouve dans un monde, une ville, où la société a déraillé. Heureusement, Doctorow nous plonge parfois dans des scènes qui feront sourire (je pense à la «grande folie vampirique»). Il n’en demeure pas moins un fond sérieux, une belle réflexion sur la liberté et la sécurité.

Little Brother a été nominé en 2009 au prestigieux Hugo Award for Best Novel, décerné depuis 1953 par le World Science Fiction Society. C’est le titre de Neil Gayman, L’étrange vie de Nobody Owens, qui l’a emporté. Isaac Asimov, Frank Herbert, Marion Zimmer Bradley, Anne McCaffrey, Dan Simmons, Kim Stanley Robinson et Vernor Vinge, entre autres auteurs, ont fait partie des nominés et/ou l’ont déjà remporté dans le passé . Quand on se retrouve en si bonne compagnie…

Enfin, Little Brother soulève plusieurs questionnements, plusieurs problématiques. Les enseignants peuvent en exploiter un grand nombre avec leurs élèves. Vous prendrez plaisir à souligner la surveillance dont font l’objet Marcus et Darryl à l’école. Les enseignants de français pourraient demander à leurs élèves de se mettre dans la peau d’un ado arrêté à la suite de l’attentat et de rédiger trois entrées d’un journal intime de leur séjour en prison. C’est aussi l’occasion pour les enseignants d’histoire de revenir sur le mouvement afro-américain de reconnaissance des droits civiques des années 55-68 ou d’analyser la Déclaration d’indépendance américaine. L’opportunité est grande de simplement discuter des bienfaits et des dangers des technologies, de questionner vos élèves sur leur façon de communiquer entre eux. Avec les plus vieux, l’enseignant peut aborder le thème de la censure du web par le gouvernement. Enfin, il faut en profiter pour mettre en parallèle Little Brother et 1984 ! D’autres suggestions, en anglais, sont offertes ICI.

Bref, Little Brother est un plaisir de lecture (même si certaines descriptions technologiques peuvent alourdir, pour certains, le récit). Un plaisir qui se partage. Et qui permet des dialogues…

Je vous invite aussi à lire les trois critiques suivantes (parmi des milliers) :

  • la première, dans le magazine Wired, un mensuel américain majeur qui se concentre sur l’incidence de la technologie dans les domaines de la culture, de l’économie et de la politique. Cory Doctorow’s Little Brother is a Manual for our Kids to Save the Future
  • La seconde, aussi en anglais, sur le site du New York Times Nerd Activists
  • La dernière, en français, issue de la sélection de Ricochet (le site d’information et de valorisation de la littérature jeunesse francophone de l’Institut suisse Jeunesse et Médias ISJM) :

La SF sert souvent à comprendre le présent et à mettre en garde sur ses dérives. Le roman de Cory Doctorow s’inscrit dans cette veine et interroge sur la société dans laquelle nous vivons. Nous sommes des citoyens tracés, contrôlés, filmés dans nos déplacements et notre quotidien. Au nom de quoi la liberté individuelle est-elle ainsi réduite ? Jusqu’où peut aller un gouvernement pour « protéger » ainsi la population d’un pays ? Telles sont les questions fondamentales qui sont au cœur de cet excellent roman, qu’on lit d’une traite.

Pour lire l’article intégral, cliquez ici

Bonne lecture !

 

Guillaume

 

 

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