Les 3 favoris: 3 albums, 3 cycles, 3 projets pour travailler les inférences et aborder des questions éthiques!

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Chronique LES 3 FAVORIS - Vivre le primaireSi vous êtes membres de l’AQEP, vous avez reçu récemment votre dernier numéro de la revue Vivre le primaire. Si vous ne la connaissez pas, allez vite vous informer sur le site de l’AQEP! C’est une revue vraiment très pertinente sur l’enseignement au primaire. J’ai particulièrement aimé le dossier spécial de ce numéro du printemps (volume 29, numéro 2): L’enseignement de l’orthographe par les orthographes approchées.

Pour ceux ou celles qui n’auraient pas la chance d’avoir la revue, je vous offre en ligne le contenu de ma chronique de ce numéro (p. 79-81). Bonne lecture!

3 albums, 3 cycles, 3 projets pour travailler les inférences et aborder des questions éthiques!

 

Pour cette deuxième chronique, j’ai choisi de présenter trois albums qui permettent de travailler les inférences. Ceux-ci font bien entendu partie de mes livres favoris! Je vous propose trois projets interdisciplinaires qui toucheront plusieurs compétences en français et qui permettent de réfléchir sur des questions éthiques.

Premier album

Ferme les yeuxÀ partir du 1er cycle – J’aime l’album Ferme les yeux depuis longtemps! On y rencontre un petit garçon qui affirme que lorsqu’il essaie d’expliquer quelque chose, son frère n’est jamais d’accord avec lui. Sous forme de dialogues entre les deux enfants, on découvre leur manière de décrire les objets qui les entourent. L’album se termine sur une fin ouverte. Les élèves devront inférer pour comprendre ce qui différencie les deux enfants. Les indices sont donnés dans le texte, tout au long des descriptions et dans l’image de la dernière page.

J’aime beaucoup travailler en lecture interactive, mais pour cet album, je vous suggère de lire une première fois le texte aux enfants, sans analyse préalable. Une fois la lecture terminée, demandez aux élèves d’expliquer la fin. « Pourquoi maman suggère-t-elle à son fils de fermer les yeux? Qu’est-ce que ça veut dire? »

Pour les aider à trouver la réponse (il est très rare que les élèves du 1er cycle, et même du 2e cycle, trouvent la réponse instantanément), revenez au début de l’album et cherchez les indices. Analysez d’abord le titre et l’illustration de la page couverture. Guidez la réflexion des élèves. « Qu’est-ce qui se passe si tu fermes les yeux? Pourquoi le livre est noir et les paupières dessinées en plusieurs couleurs? Dans la deuxième double page, on voit les deux enfants, l’un est blanc et l’autre est noir. Est-ce que cela veut dire quelque chose? » Allez maintenant relire les descriptions. Portez une attention particulière à la manière dont  le deuxième enfant décrit les objets. Notez quel sens il utilise pour faire sa description.

En cours de relecture, les élèves devraient découvrir que l’un des enfants est aveugle. Continuez la relecture pour trouver tous les indices. Notez au tableau les sens utilisés par le non-voyant pour décrire le monde, de même que les mots qui s’y rattachent (ex. : chante = l’ouïe). Faites remarquer aux élèves que jamais dans le texte, on mentionne que l’enfant est aveugle.

En situation d’écriture, je vous propose une animation qui vous permettra de travailler la rédaction d’une phrase descriptive à partir d’une banque de groupe du nom. Pour ce faire, en groupe-classe, bonifiez la liste que vous avez déjà construite à partir des sens et ajoutez d’autres verbes, mais aussi des noms et des compléments du nom. Par exemple, pour le sens du toucher : un objet peut être rond, rectangulaire, doux, rugueux, collant, etc. Pour l’odorat: désagréable, agréable, poussiéreux, sucré, etc. Au besoin, envisagez d’apporter en classe des exemples pour aider les élèves à trouver des mots (des bouts de tissus, des fruits, etc.).

Vous devrez également apporter divers objets que les enfants risquent de ne pas connaitre, par exemple un sous-verre en liège. Séparer la classe en deux groupes : les voyants et les non-voyants. Les voyants viendront à tour de rôle regarder l’objet, sans lui toucher, ni le sentir, ni le gouter (bien évidemment!). De retour à leur place, ils devront composer une phrase qui décrit la chose. Le groupe des non-voyants pourra manipuler l’objet, les yeux bandés. Ils devront eux aussi produire une description. Dans les deux cas, les élèves pourront s’inspirer de la banque de mots. Cette activité pourra aussi vous servir à travailler les règles d’accord du déterminant et de l’adjectif. Lors d’une mise en commun, découvrez qu’il est possible de faire des descriptions plus riches, lorsque l’on inclut tous nos sens! Merci à Nicole Beaudoin de la Commission scolaire des Samares qui m’a inspiré cette activité.

En éthique et culture religieuse (ECR), vous pourrez utiliser l’album pour réfléchir sur une question éthique et pratiquer le dialogue. D’abord, vous avez découvert que les deux frères sont différents. Demandez aux élèves s’ils peuvent expliquer en quoi cette différence contribue à les rendre uniques. Est-ce que l’un a plus raison que l’autre? Demandez aux élèves de trouver d’autres caractéristiques qui peuvent rendre les êtres humains uniques. En quoi est-ce un avantage d’être différents les uns des autres? L’album est écrit sous forme de dialogue entre les deux frères. Faites l’énumération des conditions favorables au dialogue. Demandez aux élèves s’ils trouvent que les deux frères répondent à ces conditions.

Pour travailler les inférences au 1er cycle, je vous suggère également Mon amour et Moi mon chat…

Deuxième album

 mo_9782923342856À partir du 2e cycle –  La petite pieuvre qui voulait jouer du piano a été ma  découverte de l’année 2015. Cet album, magnifique, m’a totalement conquise. C’est le genre d’œuvre qu’on lit à voix haute, même lorsqu’on est seule. Cet album parle du dépassement de soi, de la différence, des rêves, du désir d’émancipation, du rôle et de l’importance de la musique (de la culture!) dans une société. Hector est un petit poulpe différent des autres. À l’école de la sévérité, il n’arrive pas à froncer les sourcils. C’est qu’il a en lui un rêve qui le garde bien éveillé. Il rêve de devenir pianiste. Un jour, il décide de partir à la recherche du Grand Cétacé, car lui seul pourra lui apprendre à jouer du piano.  Pour travailler les nombreuses inférences contenues dans le texte, je vous suggère de lire l’album en lecture interactive et de faire ensuite travailler les élèves sur le texte. Voici certaines inférences que j’ai relevées. (En m’inspirant d’un document produit par Henry et Cormier, disponible sur le Web, je vous indique, entre parenthèses, la catégorie de l’inférence) :

Comment le piano s’est-il retrouvé au fond de l’eau? (Cause/effet)

Pourquoi Hector doit-il revenir jouer du piano en cachette? (Problème/solution)

« Il ne se contentait pas seulement de découvrir les notes noires et blanches du clavier, mais il explorait tout l’instrument, l’ouvrant, appuyant sur les  pédales, grattant les cordes à l’intérieur du coffre, caressant les marteaux et les feutres. » Dans ce contexte, par quel mot pourrait-on remplacer : notes, pédales, cordes, coffre, marteaux et feutres? (Catégorie)

« Hector sentit une morsure au cœur. Sans doute était-ce son rêve qui l’avait mordu. » Quel sentiment ressent Hector? (Attitudes/sentiments)

Quel animal est la Fin du monde? (Objet)

« … après avoir joué Bach, un peu de Chopin et beaucoup Schoenberg, ils composèrent ensemble une œuvre originale… ». Dans ce contexte, par quel mot pourrait-on remplacer Bach, Chopin, Schoenberg? (Catégorie)

« Chacun se cacha pour ne pas montrer sa peine… » Que font les personnages? (Action/agent)

À la fin de l’album, lorsqu’Hector joue de la musique, quelles sont les sensations et les émotions que les autres pieuvres éprouvent? (Attitudes/sentiments)

« Grâce à la musique qu’il venait de jouer, son monde n’était plus tout à fait le même. Il avait commencé à changer » Quel est ce changement? (Cause/effet)

En plus, l’œuvre propose de nombreuses références à des personnages de la littérature (dont le Petit Prince, la petite sirène, Moby Dick ou Pinocchio) et nous permet de découvrir (ou redécouvrir) Glenn Gould et son œuvre. En soi, l’apparition de ce personnage est une inférence. Lorsqu’on aborde Glen Gould, plusieurs éléments du texte prennent un autre sens. Pour en apprendre sur lui, je vous suggère ce site Internet : http://encyclopediecanadienne.ca/fr/article/glenn-gould/

En collaboration avec le titulaire du cours de musique, faites découvrir aux élèves certaines pièces des compositeurs présentés dans l’album.

En ECR, utilisez l’album pour réfléchir sur les relations interpersonnelles dans un groupe (ici, celui des poulpes ou celui des musiciens). Les  élèves pourront nommer différents types de relations (parents-enfants, amis, maitre-élèves, etc.) et expliquer comment celles-ci peuvent contribuer ou nuire à l’épanouissement des membres. Demandez aux élèves d’expliquer en quoi cette histoire raconte une situation où des valeurs peuvent être remises en question pour favoriser le vivre-ensemble. Si vous exploitez l’album au 3e cycle, les liens avec le programme d’éthique sont tout aussi intéressants.

Sur le thème du dépassement de soi, je vous suggère de mettre l’album en réseau avec La petite poule qui voulait voir la mer.

Troisième album

Moi Dieu Merci qui vis iciÀ partir du 3e cycle –   L’album que j’ai choisi pour ce cycle est malheureusement criant d’actualité. Moi Dieu Merci qui vis ici  aborde les thèmes de la guerre, des réfugiés, des migrants clandestins, de l’itinérance et soulève la question de l’accueil des réfugiés par des pays hôtes.

Puisqu’il s’agit du thème de cette chronique, parlons d’abord des inférences. Notez que l’album aborde tous ces thèmes avec une incroyable économie de mots! Les explications des faits présentés sont donc laissées à la compréhension du lecteur. C’est ce qui, à mon avis, fait que cet album a de nombreuses résonnances aujourd’hui, bien qu’il traite spécifiquement de la guerre civile angolaise.

Voici quelques inférences que j’ai relevées :

Dans cet album, où est ici? (Lieu)

« Je suis né là-bas, en Angola, dans le pays de la princesse Nzingha. » Sur quel continent est né Dieu Merci? (Lieu)

« Depuis des années, sur la terre de mes aînés, des Angolais tuaient, des Angolais mouraient. Les autres pays regardaient et semblaient dire : tant pis. Pourtant c’était eux qui, il y a longtemps, avaient allumé l’incendie. » Dans ce conflit, qui se bat contre qui? (Action/agent)

« Un matin : quartier quadrillé, rues barrées, les soldats ont débarqué par camions entiers. Ils voulaient qu’on tue nos sœurs, nos frères, aucune prière n’y pouvait rien faire. Mais moi, Dieu Merci, je ne suis pas né sur cette terre pour ôter la vie. » Qu’est-ce que les soldats veulent des villageois? (Action/agent)

Pourquoi Dieu Merci a-t-il été conduit à l’hôpital? (Cause/effet)

Pourquoi Dieu Merci a-t-il dû fuir son pays? (Cause/effet)

Qu’est devenu Dieu Merci en arrivant en France? (Action/agent)

À la fin de l’album, comment se sent Dieu Merci? (Attitude/sentiment)

À plusieurs endroits, dans le texte, les mots Dieu Merci sont utilisés de deux manières : en tant que locution et comme nom propre. Demandez aux élèves de répertorier les différentes utilisations. Cet exercice peut laisser place à l’argumentation, puisque l’auteur s’amuse à jouer avec ce double emploi.

 

 

En ECR, les pistes d’exploitation sont nombreuses! En effet, l’album peut servir d’amorce à une discussion ou un débat sur la plupart des thèmes du contenu en éthique au 3e cycle! Il aborde autant les interactions entre les membres de la société que ses exigences. Cet album permettra à l’élève de se s’interroger sur de nombreuses questions éthiques.

Je vous invite à mettre cet album en réseau avec le roman Mon chien est raciste.

Vous réalisez une de ces activités avec vos élèves et vous avez envie de la partager? Je serais vraiment heureuse de publier votre article sur mon blogue (www.adp-pedago.com).

OEuvres littéraires proposées :

Audren (2015). Mon chien est raciste. Paris: Albin Michel jeunesse. Collection « Premier roman ».

Bazzana, K., Beckwith, J., et Payzan, G. Glen Gould. Récupéré le 3 décembre 2015, de http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/glenn-gould/

Desbordes. A (2015), Mon amour. Paris: Albin Michel jeunesse.

Duchesne, C. et Pratt, P. (2015). Moi mon chat… Montréal: Éditions De la Bagnole. Collection « ModÈles Uniques ».

Henry, J., et Cormier, J. Les archives de DISCAS. La pratique des inférences. Exercices pratiques de lecture au primaire. Récupéré le 3 décembre 2015, de http://www.csrdn.qc.ca/discas/Materiel-Didactique/inferences.html

Jolibois, C., et Heinrich, C. (2012). La petite poule qui voulait voir la mer. Paris : Pocket jeunesse.

Lenain, T. et Balez, O. (2015). Moi Dieu Merci qui vis ici. Paris: Albin Michel jeunesse. Collection « Panda poche ».

Mouawad, W., et Jorisch, S. (2015). La petite pieuvre qui voulait jouer du piano.  Montréal : Éditions de la Bagnole. Collection « ModÈles Uniques ».

Pérez Escriva, V., et Ranucci, C. (2014). Ferme les yeux. Paris: Syros Collection « Albums jeunesse (souple) ».

Si vous souhaitez obtenir les réponses aux inférences relevées, n’hésitez pas à m’écrire.

Je vous invite à suivre la page FB de l’AQEP,  on y fera tirer des exemplaires des livres proposés dans cette chronique dans les prochains jours!

Emmanuelle

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